
Six ans après l’incendie qui a paralysé son unique outil de production, l’État camerounais a finalisé la feuille de route pour la relance et l’expansion de la Société Nationale de Raffinage (Sonara). Il e vise pas seulement la reconstruction, mais s’inscrit dans une perspective stratégique de doublement de capacité, passant de 3,5 à 7 millions de tonnes de brut par an.
Le Plan d’accélération de la restructuration et de la réhabilitation (Parras 24) s’articule autour d’un constat encourageant : une grande partie des installations sinistrées est récupérable. L’audit indique qu’au moins 75 % des équipements de la zone incendiée peuvent être réutilisés. Cette donnée a permis de dimensionner la première phase, qui s’étendra de janvier 2026 à décembre 2027, et qui vise à retrouver la configuration opérationnelle de mai 2019. L’utilisation de ces équipements réutilisables est l’élément clé pour contenir les délais et les coûts initiaux.
La trajectoire de relance se déploie en trois phases distinctes. Après la remise en service des unités endommagées (2026-2027), la deuxième phase (2028-2030) est dédiée à la modernisation industrielle : l’installation d’un hydrocraqueur et de nouvelles unités de traitement pour aligner la production sur les standards internationaux AFRI 5/6 et pour augmenter la part de produits à forte valeur ajoutée. C’est à partir de 2031 et jusqu’en 2035 que la troisième phase prévoit la construction du second train de raffinage pour atteindre l’objectif final de 7 millions de tonnes, assurant la couverture de la demande nationale jusqu’à l’horizon 2050.
Les contraintes financières et l’enjeu
Le coût global du Parras 24 est actuellement estimé à 300 milliards de FCFA, un montant révisé à la hausse en raison de l’actualisation des prix et de l’élargissement du périmètre des travaux. Ce financement intervient alors que la Sonara doit gérer un endettement lourd, totalisant 261 milliards de FCFA envers les banques, ainsi que d’importantes créances auprès de traders pétroliers (Vitol, Trafigura, Mercuria Energy, et PSTV).
Le service de cette dette est crucial, et l’État le sécurise depuis 2022 par un mécanisme pérenne : un prélèvement de 47,8 FCFA sur chaque litre de carburant vendu à la pompe. Cependant, la mise en œuvre des phases d’investissement les plus lourdes (phases 2 et 3) demeure subordonnée à la structuration financière. La Sonara, appuyée par le cabinet AXENS, prépare activement un recours à un Partenariat Public-Privé (PPP). La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a d’ailleurs exigé la clarification de l’architecture financière, conditionnant la suite du projet à son appréciation de la bancabilité.
Cette relance s’inscrit, de surcroît, dans un environnement concurrentiel en mutation, avec l’annonce du projet de raffinerie et de terminal de stockage de SNH Tradex et Ariana Energy. La Sonara doit donc réussir sa réhabilitation et sa modernisation pour non seulement garantir la sécurité d’approvisionnement du pays, mais aussi pour asseoir sa compétitivité future.