
Le projet d’automatisation des péages routiers au Cameroun vire à l’affrontement judiciaire. Selon le rapport de certification des comptes 2024 de la Chambre des comptes, la société Tollcam Partenariat SAS (joint-venture des groupes français Fayat et Egis) a saisi la Cour internationale d’arbitrage (CCI) de Paris. Le motif ? Une réclamation de 30 milliards FCFA suite à la rupture unilatérale, par l’État, du contrat de partenariat public-privé (PPP) signé en 2019.
Rappel de l’histoire. La crise a éclaté le 2 février 2024 lorsque le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a notifié à Tollcam la résiliation du PPP, transformant le projet en simple marché public. Ce revirement, qui retire l’exploitation et la maintenance à Tollcam pour ne lui laisser que la construction, serait motivé par le coût jugé excessif du modèle initial. Pour un investissement de départ de 42 milliards FCFA, Tollcam devait percevoir un total de 195 milliards FCFA TTC sur 18 ans.
L’État, agissant sur instruction du Chef de l’État Paul Biya, a opté pour une réduction drastique des loyers futurs, quitte à remettre en cause un processus engagé depuis près de huit ans et validé par les autorités financières (Minfi) et les experts en PPP (Carpa).
L’arbitrage international révèle des fragilités
L’ouverture d’une procédure d’arbitrage à Paris marque l’échec d’une phase de règlement amiable et met en lumière les fragilités opérationnelles des PPP au Cameroun.
Le contentieux est aggravé par une réserve technique majeure soulevée par le Mintp lui-même : l’intégrité de la connexion entre les sept premiers postes de péage déjà construits et le système central public pose problème, entravant la traçabilité en temps réel des recettes. L’enjeu : assurer la transparence totale des flux financiers est un point critique, dans un contexte où la mauvaise gestion des péages manuels est notoire.
Egis sous pression et avenir incertain
Ce bras de fer survient au moment où l’actionnaire d’Egis, Tikehau, entame une cession de ses activités africaines jugées moins rentables, ce qui pourrait affaiblir la capacité de suivi du partenaire privé sur ce type de projet complexe et désormais judiciarisé. L’issue de l’arbitrage devant la CCI, où 30 milliards FCFA sont en jeu, demeure totalement incertaine et déterminera le coût final de ce changement de cap pour le Trésor public camerounais.