
Alors que le monde célèbre la Journée Mondiale de l’Accident Vasculaire Cérébral (AVC), le Cameroun se retrouve confronté à une épidémie silencieuse. Autrefois perçue comme une maladie des pays développés, l’AVC est aujourd’hui devenu l’une des principales causes de mortalité et la première cause de handicap neurologique à long terme dans le pays, posant un défi majeur au système de santé public.
Les données des études menées dans les centres hospitaliers de Douala et Yaoundé dessinent un tableau préoccupant. L’AVC frappe le Cameroun avec une intensité croissante : le taux de mortalité après un AVC est alarmant, atteignant plus de 30% dans certains hôpitaux de référence, un chiffre bien supérieur à ceux observés dans les pays développés.
La principale cause identifiée est l’Hypertension Artérielle (HTA), qui affecte plus de 70 % des patients victimes d’AVC. Le diabète, l’obésité et la sédentarité sont également des facteurs de risque largement répandus dans la population. L’âge moyen des patients victimes d’AVC se situe souvent autour de 60 ans, mais les neurologues signalent une proportion non négligeable de cas chez les sujets plus jeunes, soulignant l’importance d’une prévention précoce.
Malgré l’engagement du corps médical, la prise en charge de l’AVC au Cameroun est semée d’embûches qui se répercutent directement sur le pronostic des patients. L’efficacité du traitement (notamment la thrombolyse, pour les AVC ischémiques) dépend en priorité de la rapidité de la prise en charge. Or, le délai moyen d’arrivée à l’hôpital est souvent trop long (plusieurs heures, voire jours), réduisant drastiquement les chances de récupération.
L’accès aux outils de diagnostic essentiels, comme le scanner cérébral, reste inégal selon les régions. Même dans les grands centres urbains, l’accès peut être retardé. Le coût de l’hospitalisation et de la rééducation post-AVC est estimé à plus de 800 000 F CFA par patient en moyenne, un montant qui pèse lourdement sur les familles, d’autant plus que la couverture maladie universelle en est à ses débuts. En conséquence, la majorité des coûts est supportée par le patient et sa famille.
Face à cette urgence, les professionnels de santé, notamment la Société Camerounaise de Cardiologie (SCC), plaident pour une intensification des politiques de prévention. Des propositions concrètes sont mises sur la table inclut accroître la formation des infirmiers et du personnel de santé de première ligne pour la détection et la gestion initiale des facteurs de risque cardiovasculaires.
Mais aussi mener des campagnes nationales pour enseigner à la population la reconnaissance des signes d’alerte de l’AVC (le réflexe V.B.P. : Visage déformé, Bras faible, Parole trouble) et l’impératif d’appeler les urgences immédiatement. Enfin, reconnaître et soutenir les aidants familiaux, qui sont souvent les piliers de la rééducation à domicile et qui subissent un lourd fardeau psychosocial.