
Depuis les années 80 jusqu’à 2025, le Cameroun a été le théâtre d’une série d’élections présidentielles qui racontent l’histoire politique du pays : celle d’une transition tumultueuse du parti unique à un multipartisme encadré. Ces scrutins, souvent décisifs et rarement apaisés, dessinent le portrait d’une nation en quête de stabilité, mais aussi d’une alternance qui peine à se concrétiser. Du parti unique à l’arène pluraliste.
Bien que l’histoire électorale moderne débute avec le plébiscite de 1984, la première élection présidentielle sous la période examinée fut celle de 1988. Dans un contexte de régime à parti unique, Paul Biya se présente comme candidat unique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais et est réélu avec des scores sans appel.
Mais, C’est l’élection présidentielle d’octobre 1992 qui marque le véritable point de rupture. Après les « villes mortes » et les pressions populaires pour l’instauration du multipartisme, ce scrutin est le premier à voir s’affronter plusieurs candidats.
1992 : le tournant historique et controversé
Le duel est acharné entre Paul Biya et John Fru Ndi du SDF. L’enjeu est immense. Si Paul Biya est déclaré vainqueur, cette victoire est contestée par l’opposition qui dénonce une fraude massive. Le Cameroun bascule dans une crise post-électorale qui définira le paysage politique pour les décennies suivantes, installant une routine électorale souvent critiquée pour son manque de transparence.
L’élection de 1997 est symptomatique du désarroi d’une partie de l’opposition. Face à l’absence de réformes du code électoral jugées essentielles, la plupart des grands partis d’opposition choisissent le boycott. Résultat : Paul Biya est réélu avec un score écrasant (plus de 90%).
Les scrutins de 2004 et de 2011 s’inscrivent dans une tentative de sécurisation du processus. Ils voient l’introduction de l’Observatoire National des Élections (ONEL), puis d’Elections Cameroon (ELECAM) en 2006, un organe chargé de l’organisation et de la supervision. Malgré ces avancées institutionnelles, les résultats restent fortement contestés par les challengers.
En 2011, notamment, l’élection se déroule après la révision constitutionnelle de 2008 qui supprime la limitation des mandats, ouvrant la voie à une candidature illimitée du président sortant.
2018-2025 : l’émergence d’une nouvelle opposition
L’élection présidentielle du 7 octobre 2018 est marquée par l’émergence de nouvelles figures et la montée en puissance des réseaux sociaux dans le débat politique. Paul Biya remporte un nouveau mandat avec plus de 71% des suffrages.
Toutefois, elle met en lumière un nouvel élan de l’opposition, notamment autour de Maurice Kamto (MRC), déclaré deuxième, qui conteste les résultats avec virulence et s’impose comme le nouveau chef de file de l’opposition parlementaire et extraparlementaire. Le scrutin s’est déroulé dans un contexte tendu, notamment avec le début de la crise anglophone.
Toutefois, elle met en lumière un nouvel élan de l’opposition, notamment autour de Maurice Kamto du (MRC), déclaré deuxième, qui conteste les résultats avec virulence et s’impose comme le nouveau chef de file de l’opposition. Ce nouvel élan va se faire voir encore en 2025 avec cette fois ci un duel entre Paul Biya et un de ses anciens ministre, Issa Tchirouma Bakary déclaré deuxième à la présidentielle.
En quatre décennies, le Cameroun est passé d’élections plébiscitaires à des élections pluralistes. Si le cadre légal a évolué, le pays continue de faire face au défi permanent de transformer ses scrutins en véritables moments démocratiques, où le verdict des urnes est accepté par tous, garantissant ainsi une paix et une stabilité durables.