
Même si la compilation officielle des résultats est toujours en cours, Issa Tchiroma Bakary a déjà bousculé les pronostics en s’installant comme véritable opposant au président sortant. Après sa victoire autoproclamée, Garoua, son fief, menace de s’embraser et le pouvoir vacille, divisé entre répression et temporisation.
Le pouvoir était-il prêt à affronter la « vague Tchiroma » ? Ancien ministre de Paul Biya et longtemps honni par une partie de l’opinion, Issa Tchiroma Bakary. s’est mué en principal adversaire du chef de l’État et en l’opposant le plus redouté du pouvoir. L’opposant à Paul Biya a revendiqué sa victoire malgré les menaces d’arrestation. Pour le moment, les autorités se contentent de hausser le ton, sans passer à l’acte.
Une semaine après la présidentielle du 12 octobre au Cameroun, Issa Tchiroma Bakary accentue la pression sur le pouvoir et sur les institutions en charge du processus électoral, notamment le Conseil constitutionnel qui doit proclamer les résultats du scrutin – et qui est la seule institution du pays à être autorisée à les publier.
«Le peuple a choisi, et ce choix doit être respecté», a-t-il insisté sur sa page Facebook, promettant de publier un rapport détaillé des résultats par région. Dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 octobre, Issa Tchiroma a publié les procès verbaux (PV) des résultats du scrutin dans 18 départements du pays qu’il dit avoir en sa possession et qui, selon lui, attestent de son succès. Sur les 58 départements que compte le Cameroun, Issa Tchiroma Bakary affirme disposer des PV de ceux qui vont du Mfoundi – dans le centre, où se trouve la capitale Yaoundé – au Littoral – qui abrite la grande cité portuaire de Douala – et à la Bénoué – dans le nord – ou encore à la Mifi et à la Menoua – dans l’ouest.
« Affabulation faisandée »
D’après ses calculs, le candidat affirme par ailleurs que ces documents, présentés comme authentiques, représentent près de 80% de l’électorat national et que tous lui étant favorables, il est donc mathématiquement impossible qu’un autre candidat soit en capacité de le rattraper pour l’emporter.
A en croire Rfi, certains observateurs ont toutefois relevé des erreurs de calcul dans ces PV présentés par le leader du FSNC avec, sur certains, des taux de participation plus élevés que le nombre d’électeurs inscrits…
Outre la mise en ligne de ces résultats, Issa Tchiroma Bakary a également diffusé, toujours dans la nuit de dimanche à lundi, une vidéo dans laquelle il interpelle directement le président sortant, invitant paul Biya « à quitter le pouvoir avant que le pouvoir ne le quitte ». La réponse du camp du chef de l’État ne s’est pas fait attendre : quelques heures plus tard seulement, le ministre d’État en charge de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, a qualifié ces agissements de « bouffonnerie et de schizophrénie politique ». « Personne n’écoutera cette affabulation faisandée », a-t-il aussi ajouté.