Cameroun : formation d’un nouveau gouvernement, pourquoi ça coince ?

Le temps sest-il arrêté au Palais de lUnité? Plusieurs fois annoncé, le remaniement ministériel na toujours pas lieu. Ce remaniement ministériel semble être bloqué par une crise de légitimité structurelle, des tiraillements intenses au sein du sérail et une dépendance du très affaibli Paul Biya (93 ans) envers des ministres devenus intouchables, agissant comme garants de son maintien au pouvoir. Cette paralysie est le résultat dun système corrompu et de la peur de limplosion politique. 

L’opinion publique camerounaise retient toujours son souffle depuis l’annonce, à deux reprises, d’un remaniement du gouvernement par le président Paul Biya.   Depuis ses discours du 31 décembre 2025 et du 10 février, certains Camerounais scrutent le ciel dans l’attente du « décret divin ». Pourtant, la fumée blanche ne sort toujours pas.

Pour beaucoup d’observateurs, si le remaniement traîne, c’est que le navire n’a plus de capitaine à la barre pour signer les actes de nomination. Certains pointent du doigt un sujet tabou mais omniprésent : l’état de santé du chef de l’État. Lors de sa prestation de segment, le 6 novembre dernier,  malgré le fait que le président de l’Assemblée nationale, Cavayé Yeguié Djibril utilisait un mégaphone, à moins de deux mètres de lui, Paul Biya, a montré en mondovision que son acuité auditive est déficiente.

Cela s’était déjà fait ressentir quelques années auparavant lors de la visite du président Macron au Cameroun. Ce 26 juillet 2022, lors de la conférence de presse, face à Amélie Tulet, la journaliste de RFI, qui lui posait une question, il avait dit à deux reprises ne rien entendre, malgré le mégaphone…Certains flagorneurs avaient interprété l’attitude du président BIya comme une marque de sagesse…

Pourquoi cette attente interminable dun remaniement ministériel?

L’hypothèse la plus plausible est l’incapacité de Paul Biya : à 93 ans sonnés, les rares  apparitions publiques, où il  se déplace avec beaucoup de peine,  alimentent la thèse d’un président « presque invalide » ou, du moins, physiquement et mentalement, manquant de lucidité de mener les arbitrages complexes que nécessite une nouvelle équipe gouvernementale. Par le passé, pour constituer son gouvernement, il savait s’appuyer sur quelques proches collaborateurs de confiance. Notamment les ministres René Owona (décédé le 27 octobre 2004 ), Martin Belinga Eboutou (mort le 8 mai 2019) et le Secrétaire général de la présidence.  

Dans  son livre intitulé “Secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun, entre mythes, textes et réalités”, l’ex-SGPR Jean-Marie Atangana Mebara  fait quelques révélations. Il explique que Paul Biya compose son gouvernement par une centralisation extrême, où il décide seul. Le président transmet les départs et les portefeuilles de souveraineté au SGPR, demande des propositions pour le reste, mais écarte souvent ces suggestions pour récompenser les performances électorales locales.  

Sauf que, les vrais résultats des derniers élections au Cameroun ont été très défavorables aux pontes du régime Biya, alimentant davantage la guerre des clans : qui oppose d’un côté, Ferdinand Ngoh Ngoh, le protégé de la Première dame Chantal Biya, le tout puissant ministre d’Etat, Secrétaire général à la président de la République, au clan de Louis Paul Motaze, le ministre des Finances. Cette lutte de succession au président Biya secoue le Port autonome de Douala, qui est entré en conflit avec la société SGS. Dans cette bataille, à grand enjeu, la rigueur du droit commercial s’est heurtée aux ambitions des différentes factions au pouvoir. Et dans ce théâtre de règlements de comptes administratifs, Paul Biya, est incapable de faire les arbitrages… 

Pouvait-il en être autrement? Lors du dernier septennat, des ministres sont décédés  sans que cela ne nécessite un réajustement gouvernemental. On peut citer entre autres : Gabriel Dodo Ndoke, ministre en charge des Mines (disparu en janvier 2023; Clémentine Ananga Messina, ministre délégué à l’Agriculture (décédée en août 2022); Alim Hayatou, secrétaire d’Etat à la Santé, (mort en avril 2021) et Adoum Gargoum, ministre délégué aux Relations extérieures, ( parti en mars 2021).

Entre-temps, le pays fonctionne en mode « pilotage automatique » au gré des “très hautes instructions” pour ceux qui peuvent encore se laisser influencer. En attendant, l’administration semble paralysée, les ministres actuels gérant les affaires courantes sans vision à long terme, et le pays d’Ahmadou Ahidjo, autrefois prospère, ne cesse de reculer, sur tous les plans.

Le dernier grand remaniement remonte à janvier 2019 (si l’on exclut les ajustements mineurs). Plus de sept ans après, le pays de Paul Biya fait face à des défis économiques, sociaux, et sécuritaires qui ne peuvent plus attendre les « très hautes instructions » qui pour certains ministres ne sont plus respectés.

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