
Le 10 mars 2026, les députés et sénateurs retrouvent les hémicycles pour le début d’une session parlementaire très attendue, tant l’actualité sur d’importants sujets de la vie des institutions suscite des interrogations.
Les Camerounais vont vraisemblablement connaître dans les prochains jours une refonte de leur constitution. Selon des sources bien introduites t à la présidence de la République, l’avant-projet de modification de la Constitution est prêt et sera bientôt soumis à l’Assemblée nationale pour adoption. Cette modification de la Constitution ne concernera pas exclusivement l’Exécutif et la création du poste de vice-président.
Plusieurs articles du code électoral seront également modifiés. Autre modification, et pas des moindres : le redécoupage territorial en vue de la création de nouvelles circonscriptions administratives. L’attente née des instructions données aux chefs d’unités administratives par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, suscite aussi des interrogations. Ce sont par exemple combien de régions aura le Cameroun, combien de départements ou arrondissements ? Certaines réponses pourront alors être contenues dans l’éventuelle révision constitutionnelle. Des réponses qui pourront aussi influencer l’organisation des prochaines élections législatives et municipales. L’arrimage des sièges aux nouvelles circonscriptions obligera.
Nommé par décret présidentiel, le vice-président assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir. On ne sait pas encore s’il pourrait être candidat à l’élection présidentielle, pour un mandat qui pourrait être revu à la baisse : 5 ans au lieu de 7 ans. Si ces modifications se concrétisent à travers un projet de réforme constitutionnelle, ce sera une nouvelle page dans l’architecture institutionnelle du Cameroun. Elle interviendrait dans un contexte politique marqué par la question de l’alternance au pouvoir alors que Paul Biya, 93 ans, est au pouvoir depuis 43 ans.
Par ailleurs, le Cameroun fait face à des défis sécuritaires majeurs. La crise anglophone, qui dure depuis 2016 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, a fait plus de 6 000 morts et déplacé près de 800 000 personnes selon les estimations des Nations unies. Dans l’Extrême-Nord, les attaques de Boko Haram continuent de déstabiliser la région. Ce contexte sécuritaire fragile rend toute réforme institutionnelle particulièrement délicate.
La procédure elle-même trahit les intentions. L’élection anticipée du bureau de l’Assemblée nationale, prévue dès les premiers jours de la session, rompt avec les usages habituels. Cette instance n’est pas décorative : elle fixe l’ordre du jour, répartit les postes clés, nomme les rapporteurs. Sécuriser ces leviers avant d’aborder le fond d’une révision constitutionnelle, c’est contrôler la procédure avant même le débat. Ce n’est pas la marque d’un pouvoir qui s’ouvre à la délibération.
C’est la marque d’un régime qui s’assure contre les surprises. Pour l’heure, ni le gouvernement ni les responsables parlementaires n’ont officiellement confirmé le contenu du projet. Les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur ce dossier, laissant place à des interrogations au sein de l’opinion. Une réforme constitutionnelle préparée dans l’opacité, adoptée par un parlement dont le bureau sera élu en urgence : voilà la démocratie version Paul Biya.