
Dans les bureaux feutrés de Lagos, Aliko Dangote vient de porter son choix sur le colosse chinois Sinoma Engineering pour piloter un projet d’extension majeur. Une décision perçu comme un coup de maître industriel.
L’histoire pourrait ressembler à une simple transaction commerciale, mais elle raconte en réalité la consolidation d’une hégémonie. Depuis son entrée fracassante sur le marché camerounais en 2015, Dangote Cement n’a eu de cesse de bousculer le monopole historique de Cimencam (LafargeHolcim Maroc Afrique). Aujourd’hui, avec la sollicitation de Sinoma Engineering, le groupe passe à la vitesse supérieure.
Ce n’est pas la première fois que Dangote et Sinoma font route ensemble. Le groupe chinois est devenu, au fil des ans, le bras armé technique du milliardaire à travers le continent. Pour le Cameroun, ce nouveau projet (vraisemblablement une nouvelle ligne de broyage ou une extension capacitaire) répond à une urgence : la demande nationale en ciment explose, portée par les grands chantiers d’infrastructures et une urbanisation galopante.
En confiant ses usines au même partenaire, Dangote harmonise son parc industriel africain, facilitant la maintenance et la formation des cadres.Dans une guerre des prix qui fait rage à Douala et Yaoundé, réduire les coûts d’installation est le seul moyen de maintenir des marges compétitives face à une concurrence turque (Medcem) et locale (Cimaf, Cimencam) de plus en plus agressive. L’arrivée de nouvelles capacités de production est, en théorie, une excellente nouvelle pour le portefeuille du « débrouillard » de Yaoundé ou de l’entrepreneur de Douala. Plus d’offre signifie généralement une stabilisation des prix.
Si l’ingénierie est chinoise et le capital nigérian, quelle place reste-t-il pour la valorisation des matières premières locales (comme le marbre ou la pouzzolane) et l’emploi technique camerounais ? Aliko Dangote ne construit pas seulement une usine ; il verrouille un corridor. En renforçant sa base au Cameroun, il s’assure une plateforme logistique idéale pour arroser le marché de la zone CEMAC et contrer les importations.
En novembre 2025, il a menacé de ne plus accorder de visas aux ressortissants d’Angola, de Namibie et de République démocratique du Congo, afin de pousser leurs gouvernements à accepter les expulsions par le Royaume-Uni de migrants illégaux originaires de ces pays.
«Quatre mois plus tard, une coopération a été mise en place avec ces trois pays. Des vols décollent et des migrants illégaux, ainsi que des criminels étrangers, sont renvoyés» dans leur pays, se félicite le Home Office.