
Le terminal à conteneurs du port en eau profonde de Kribi entre dans une nouvelle phase d’expansion. Kribi Conteneurs Terminal (KCT) a lancé, début septembre 2026, des travaux d’extension évalués à 21,5 milliards de FCFA, destinés à accroître de 30 % les capacités de ses installations. Prévu pour être livré au quatrième trimestre 2027, ce projet doit accompagner la progression du trafic maritime et anticiper les besoins logistiques liés au développement d’une future zone industrielle de 4 000 hectares à proximité du port.
Huit hectares supplémentaires pour absorber la croissance du trafic
Le port en eau profonde de Kribi poursuit le renforcement de ses infrastructures pour répondre à l’augmentation des échanges commerciaux. Dans cette perspective, Kribi Conteneurs Terminal, concessionnaire chargé de l’exploitation du terminal à conteneurs, a engagé un nouveau chantier portant sur l’aménagement de huit hectares supplémentaires.
D’un coût annoncé de 21,5 milliards de FCFA, cette extension doit permettre d’augmenter de 30 % les capacités actuelles du terminal. Les travaux, confiés à l’entreprise chinoise China Harbour Engineering Company (CHEC), ont démarré au début du mois de septembre 2026. La mise en service des nouvelles installations est attendue au dernier trimestre 2027.
Le projet a notamment été évoqué dans un communiqué publié le 2 octobre 2026, à l’occasion de la première visite à Kribi de Zhang Xiaoqiang, président de CHEC. Cette entreprise, qui a participé à la construction du port, figure également parmi les actionnaires de KCT, aux côtés du groupe logistique Africa Global Logistics (AGL), de l’armateur CMA CGM et d’investisseurs camerounais.
Au-delà de l’agrandissement physique du terminal, l’enjeu est de permettre au port de traiter davantage de marchandises, de fluidifier les opérations de manutention et de limiter les contraintes d’espace à mesure que les volumes augmentent.
Un trafic en hausse après la deuxième phase du port
Cette nouvelle extension s’inscrit dans la continuité des investissements réalisés lors de la deuxième phase de développement du port en eau profonde de Kribi, mise en service le 9 mai 2025.
Cette étape avait notamment permis d’ajouter 715 mètres de quai, contre 350 mètres pour le premier terminal, et d’aménager 30 hectares de terre-plein destinés aux opérations portuaires et au stockage. Les équipements de manutention avaient également été renforcés avec l’acquisition de cinq portiques de quai capables de soulever chacun jusqu’à 65 tonnes, de quinze portiques de parc, de 25 tracteurs et de 30 remorques portuaires.
Ces aménagements ont contribué à l’accroissement de l’activité. Selon les données communiquées par KCT, près de 750 000 EVP ont été manutentionnés sur les douze mois suivant la mise en service des nouvelles infrastructures, soit une progression de 82 % par rapport à la période comparable précédente.
L’EVP, ou équivalent vingt pieds, est l’unité de mesure utilisée dans le transport maritime pour comptabiliser les conteneurs sur la base d’un format standard de vingt pieds.
Ce volume doit toutefois être distingué des statistiques portant sur l’année civile. Le Port autonome de Kribi (PAK) a enregistré 555 398 EVP sur l’ensemble de l’année 2025. Les deux données couvrent des périodes différentes et ne peuvent donc pas être comparées directement sans tenir compte de leurs dates de référence.
Un objectif de un million à 1,2 million d’EVP par an
Fort de cette progression, KCT vise désormais un trafic annuel compris entre un million et 1,2 million d’EVP. Par rapport aux quelque 750 000 EVP annoncés pour les douze mois suivant la mise en service des nouvelles installations, cet objectif représente une hausse supplémentaire de l’ordre de 33 % à 60 %.
Pour atteindre ce niveau, le concessionnaire devra pouvoir compter sur des capacités de traitement adaptées, mais aussi sur une progression durable des échanges commerciaux et du trafic de transbordement. Cette dernière activité consiste à transférer des conteneurs d’un navire à un autre afin de les acheminer vers leur destination finale.
L’extension de huit hectares doit notamment apporter des marges de manœuvre supplémentaires pour le stockage et la circulation des conteneurs. Lors de la présentation du projet, en mai 2026, KCT avait évoqué une augmentation de sa capacité statique de stockage, qui passerait de 24 000 à 34 000 EVP.
Cette évolution correspond à une hausse d’environ 42 % de la capacité d’entreposage simultané. Elle ne doit pas être confondue avec le gain global de capacité de 30 % annoncé pour l’ensemble de l’extension : la capacité statique mesure le volume pouvant être stocké à un instant donné, tandis que le trafic annuel dépend du nombre de conteneurs traités au cours d’une période.
La capacité à transformer ces nouveaux espaces en volumes de marchandises effectivement manutentionnés dépendra donc aussi de l’organisation des opérations, de la demande des armateurs et de l’évolution des échanges dans la sous-région.
La future zone industrielle de 4 000 hectares en ligne de mire
L’agrandissement du terminal répond également aux perspectives de développement économique autour du port. Une zone industrielle de 4 000 hectares est envisagée à proximité de la plateforme portuaire. Sa mise en valeur pourrait favoriser l’installation d’activités de transformation, de production et de logistique, génératrices de nouveaux flux de marchandises.
Dans ce scénario, Kribi ne serait plus seulement un point de transit pour les importations et les exportations. Le port pourrait également jouer un rôle accru dans l’approvisionnement des entreprises, l’expédition de produits transformés et l’organisation des chaînes logistiques associées aux futures unités industrielles.
Cette perspective implique toutefois une coordination entre les infrastructures portuaires et le développement effectif des activités économiques. La création de nouvelles capacités ne garantit pas, à elle seule, une hausse équivalente du trafic : celle-ci dépendra du rythme d’installation des entreprises, de leurs besoins logistiques et de la concrétisation des projets industriels annoncés.
Pour KCT, l’anticipation de ces besoins vise à éviter que les contraintes de capacité ne deviennent un obstacle à la croissance future du port.
Des investissements qui prolongent la modernisation portuaire
La deuxième phase du port en eau profonde de Kribi avait également permis de prolonger la digue de protection de 675 mètres. Lancés en décembre 2019, les travaux ont mobilisé des financements importants, auxquels a notamment contribué l’Export-Import Bank of China.
Un document du ministère camerounais de l’Économie publié en 2025 évalue le financement de cette phase à 391,5 milliards de FCFA, tandis que des documents de programmation antérieurs mentionnaient des montants supérieurs. Ces différences invitent à distinguer les enveloppes initialement programmées des évaluations financières retenues dans les documents ultérieurs.
Le nouvel investissement de 21,5 milliards de FCFA vient ainsi s’ajouter aux dépenses déjà engagées pour renforcer les capacités de la plateforme portuaire. Il traduit la poursuite d’une stratégie d’adaptation des infrastructures à la progression du trafic et aux ambitions industrielles associées à la zone de Kribi.
Un enjeu de compétitivité pour la plateforme de Kribi
Avec cette extension, KCT cherche à accompagner la montée en puissance du port et à consolider sa capacité à traiter des volumes plus importants de conteneurs. Le projet doit également améliorer les conditions opérationnelles du terminal à mesure que se développent les activités commerciales et industrielles dans son environnement.
Les résultats dépendront cependant du respect du calendrier de livraison prévu pour la fin de 2027, de la disponibilité des équipements et de l’évolution réelle de la demande. La montée en puissance de la future zone industrielle constituera un autre facteur déterminant pour soutenir durablement le trafic.
À terme, l’enjeu pour le port de Kribi sera de convertir les investissements réalisés en gains mesurables de capacité, en fluidité logistique et en activité économique. L’extension annoncée constitue une étape supplémentaire dans cette évolution, dont les effets devront être appréciés à travers les volumes effectivement traités et la concrétisation des projets industriels attendus autour de la plateforme.