
Le Palais des Congrès de Yaoundé devient, du 14 au 17 octobre 2026, le point de rencontre des acteurs africains de l’e-gouvernance. Au menu d’E-GOV’A 2026 : intelligence artificielle, interopérabilité, souveraineté des données, cybersécurité et dématérialisation. Avec une ambition : faire passer la transformation numérique des administrations camerounaises de la multiplication des plateformes à des services publics réellement connectés et plus simples pour les citoyens.
Le Cameroun veut franchir un nouveau cap. Le numérique est désormais présent dans plusieurs secteurs de l’administration camerounaise. Fiscalité , douanes, finances, immigration, gestion des agents publics : les plateformes et services dématérialisé
s se multiplient.
Mais cette évolution fait émerger une nouvelle difficulté : des systèmes numériques existent, mais ne communiquent pas toujours entre eux. C’est précisément sur cette question que veut agir E-GOV’A 2026, dont la conférence de presse de présentation s’est tenue le 1er octobre à Yaoundé.
Placée sous le thème « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique sans cash et sans papier », cette édition entend réunir administrations, entreprises technologiques, startups, chercheurs et innovateurs autour d’un même enjeu : rendre la transformation numérique plus cohérente et plus opérationnelle.
Finir avec les systèmes en « silos »
Pour Mohamadou Saoudi, secrétaire général du ministère des Postes et Télécommunications, le Cameroun ne part pas de zéro. Plusieurs administrations ont déjà engagé leur transition numérique. Le défi est désormais de franchir une étape supplémentaire : faire en sorte que ces différentes initiatives puissent fonctionner ensemble.
L’objectif affiché est celui d’une administration plus intégrée, interopérable, transparente et centrée sur l’usager. Cette évolution pourrait avoir une conséquence très concrète pour les citoyens. Aujourd’hui, certaines démarches nécessitent encore de transmettre plusieurs fois des informations déjà détenues par l’administration.
Demain, une meilleure interconnexion des systèmes pourrait permettre aux services publics, lorsque le cadre juridique l’autorise, d’échanger directement certaines données. Le citoyen n’aurait alors plus à jouer le rôle d’intermédiaire entre plusieurs administrations.
Interopérabilité : pas question d’un logiciel unique
Pour Anatole Nkolo, représentant du Comité scientifique d’E-GOV’A 2026, l’interopérabilité ne signifie pas imposer le même logiciel à toutes les administrations. L’enjeu est plutôt de faire communiquer des systèmes différents grâce à des standards techniques communs et à des règles précises de gouvernance et de sécurité. Cette approche permettrait de préserver les outils déjà développés tout en créant des passerelles entre eux.
La question est d’autant plus importante que l’État accumule chaque année d’importants volumes de données. Leur exploitation efficace dépendra donc autant de la qualité des infrastructures que de la capacité des systèmes à échanger de manière sécurisée. L’IA pose la question de la souveraineté. L’intelligence artificielle occupera une place centrale durant cette édition. Mais derrière l’engouement pour les outils d’IA se trouve une question stratégique : qui maîtrise les données utilisées par ces technologies ?
Le Dr Renaud Okomen, représentant du REPTIC, insiste précisément sur cet enjeu. Pour lui, la souveraineté des systèmes d’intelligence artificielle passe nécessairement par la maîtrise des données. La question concerne notamment le stockage, l’accès, la sécurisation et l’utilisation des données publiques.À mesure que l’IA s’installe dans les administrations, ces problématiques devraient prendre une importance croissante, notamment dans les domaines sensibles comme l’identité numérique, les finances publiques, la sécurité ou les services aux citoyens.
Les startups face aux besoins des administrations
E-GOV’A 2026 veut également rapprocher ceux qui ont les problèmes de ceux qui disposent des solutions. Beaugas-Orain Djyoum, président du Comité d’organisation, invite ainsi les administrations à venir présenter non seulement leurs réalisations numériques, mais aussi les difficultés qui persistent.
De leur côté, les entreprises et startups sont appelées à montrer ce qu’elles peuvent apporter. Cette logique doit notamment prendre forme à travers les E-GOV’A Demo, consacrés à la présentation concrète de solutions numériques. L’idée est simple : sortir des discours généraux sur la transformation digitale pour montrer des outils, tester des solutions et identifier des applications possibles dans les administrations.
Dix panels pour décrypter la transformation numérique. Le programme d’E-GOV’A 2026 prévoit dix panels thématiques et institutionnels, auxquels s’ajouteront neuf sessions de démonstration. Plusieurs sujets stratégiques seront abordés : infrastructures numériques, cloud, interopérabilité, gouvernance des données, cybersécurité, identité numérique, paiements électroniques, intelligence artificielle ou encore formation des agents publics.
Un hackathon, des ateliers, des MasterClass et une exposition compléteront le dispositif. L’objectif est de réunir dans un même espace la réflexion stratégique, l’innovation technologique et la mise en relation entre acteurs publics et privés. La transformation numérique ne se résume toutefois pas à supprimer le papier ou les paiements en espèces. Pour les organisateurs, l’enjeu est également de garantir une meilleure continuité du service public.
Une administration peut disposer de plateformes modernes sans pour autant offrir une expérience fluide si les différents systèmes restent isolés les uns des autres. C’est tout le sens du slogan retenu pour cette édition : « Cashless. Paperless. Seamless. » L’objectif est de tendre vers des services dans lesquels les paiements peuvent être dématérialisés, les documents numérisés et les différentes étapes d’une procédure mieux coordonnées.
Yaoundé au cœur des débats africains sur l’e-gouvernance
Du 14 au 17 octobre, le Palais des Congrès de Yaoundé accueillera donc plusieurs catégories d’acteurs : administrations, entreprises technologiques, startups, experts, chercheurs et partenaires au développement.
En marge du Cameroon International Tech Summit, E-GOV’A 2026 entend faire de la capitale camerounaise un espace de réflexion et de démonstration autour de l’administration numérique.Mais au-delà des panels et des annonces, le véritable enjeu sera celui de la traduction des échanges en réalisations.
Pour les administrations comme pour les citoyens, la transformation numérique prendra tout son sens lorsque les plateformes pourront réellement communiquer, lorsque les données seront mieux protégées et lorsque les démarches deviendront plus simples, plus rapides et plus accessibles.