
Les envois d’argent de la diaspora camerounaise ont fortement progressé en moins d’une décennie. Estimés à 690 millions de dollars en 2025, contre 269 millions en 2016, ils constituent une source croissante de revenus pour les ménages, portée notamment par la baisse des coûts de transfert et l’essor des services numériques.
La diaspora camerounaise envoie toujours davantage d’argent vers le pays. D’après les données du rapport « Sending Money Home 2026 » du Fonds international de développement agricole (FIDA), rapportées par EcoMatin, les transferts de fonds à destination du Cameroun ont atteint environ 690 millions de dollars en 2025, contre 269 millions neuf ans plus tôt.
Convertis en monnaie locale, ces montants représentent respectivement 394,5 milliards de FCFA et 153,8 milliards de FCFA. En valeur, les flux ont donc augmenté de 240,7 milliards de FCFA entre 2016 et 2025, soit une progression d’environ 157 %. Autrement dit, les sommes envoyées depuis l’étranger ont été multipliées par environ 2,56 sur la période.
À leur niveau de 2025, ces transferts correspondent à une moyenne théorique de près de 32,9 milliards de FCFA par mois, soit environ 1,08 milliard de FCFA par jour. Ces moyennes permettent surtout de mesurer l’ampleur des flux financiers en provenance de la diaspora. Elles ne signifient pas que les sommes sont réparties uniformément entre les ménages bénéficiaires.
Un soutien direct aux dépenses des ménages
Au-delà des montants, les transferts de la diaspora jouent un rôle concret dans la vie économique et sociale de nombreuses familles. Une partie de ces ressources est consacrée aux dépenses courantes, notamment l’alimentation, la santé, la scolarité ou encore le logement.
Pour certains ménages, l’argent reçu de l’étranger peut ainsi contribuer au financement d’une intervention médicale, au paiement des frais scolaires ou à la réalisation de travaux dans le logement. Ces flux restent toutefois des ressources privées, dont les bénéficiaires déterminent librement l’utilisation.
La progression enregistrée depuis 2016 intervient parallèlement à une évolution des circuits de transfert, avec une place croissante des solutions numériques et des services de paiement à distance.

Le coût des transferts recule
L’un des facteurs susceptibles de favoriser cette dynamique réside dans la baisse du coût des envois d’argent. Selon les données du FIDA, le coût moyen d’un transfert de 200 dollars vers le Cameroun s’établissait à 3,1 % en 2025, contre un niveau supérieur de 2,3 points de pourcentage en 2016.
Sur un envoi de 200 dollars, cela représente environ 6,20 dollars de frais en 2025, contre 10,80 dollars auparavant. Le coût moyen reste par ailleurs inférieur à celui observé à l’échelle africaine, évalué à 7,2 %, soit environ 14,40 dollars pour une opération de même montant.
Ces moyennes ne doivent cependant pas être considérées comme un tarif unique. Le coût effectivement supporté par l’expéditeur dépend notamment du prestataire choisi, du pays de départ, du montant envoyé et du canal utilisé.
Le mobile money s’impose dans les usages financiers
Au Cameroun, l’essor des transferts s’inscrit dans un environnement marqué par le développement spectaculaire du mobile money.
Les statistiques de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) montrent qu’en 2024, le Cameroun a enregistré environ 2,73 milliards de transactions de monnaie électronique, pour une valeur cumulée de 26 773 milliards de FCFA. À l’échelle de la CEMAC, le pays représentait ainsi près de 73 % du nombre des opérations et environ 77 % de leur valeur.
La BEAC recensait également quelque 31 millions de comptes au Cameroun. Ce chiffre doit néanmoins être interprété avec prudence : il s’agit de comptes et non nécessairement d’utilisateurs uniques, une même personne pouvant disposer de plusieurs comptes ou services.
Par ailleurs, les volumes de transactions du mobile money ne correspondent pas directement aux transferts de la diaspora. Ils englobent également les paiements, transferts domestiques, retraits et autres opérations réalisées au moyen de ces services. Ils illustrent néanmoins l’importance prise par les outils numériques dans la circulation de l’argent au Cameroun.
La BEAC relève notamment le développement de la possibilité de recevoir des fonds internationaux directement sur des comptes de paiement, ce qui peut réduire les intermédiaires et faciliter l’accès des bénéficiaires aux sommes envoyées.
Le Cameroun reste un acteur de taille modeste à l’échelle africaine
Malgré sa forte progression, le Cameroun ne représente qu’une fraction des transferts reçus sur le continent. Le FIDA estime à 124,2 milliards de dollars le volume total des fonds envoyés vers l’Afrique en 2025.
Avec 690 millions de dollars, le Cameroun pèse ainsi environ 0,56 % de ce montant continental. La progression camerounaise depuis 2016 apparaît donc plus rapide que celle enregistrée pour l’ensemble de l’Afrique, mais le pays demeure un bénéficiaire relativement modeste à l’échelle continentale.
La question n’est donc plus seulement celle du volume des fonds envoyés, mais aussi de leur coût, de leur accessibilité et, à plus long terme, de leur utilisation.
De l’aide familiale à l’investissement
Une partie des transferts de la diaspora pourrait également contribuer au financement d’activités génératrices de revenus, à l’amélioration de l’habitat, à l’épargne ou encore au financement de petites entreprises et de projets agricoles.
Pour favoriser cette évolution, les conditions d’accès aux services financiers restent déterminantes : frais de transfert abordables, transparence des tarifs, sécurité des transactions, accès aux comptes et disponibilité de produits d’épargne ou d’investissement adaptés.
Les chiffres du FIDA montrent en tout cas une tendance nette : en neuf ans, les flux financiers envoyés par les Camerounais vivant à l’étranger ont plus que doublé. Avec près de 400 milliards de FCFA transférés en 2025, la diaspora constitue désormais un canal significatif de circulation de ressources vers les ménages camerounais, dans un contexte où la digitalisation des paiements transforme progressivement les modalités de réception et d’utilisation de ces fonds.