Fecafoot : les paiements de plusieurs matchs amicaux relancent les interrogations autour de Samuel Eto’o

Le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto’o, est de nouveau au centre de contestations portant sur la gestion financière de plusieurs matchs amicaux des Lions indomptables. Des documents consultés par The Times et Le Monde font état de versements liés notamment au match Russie-Cameroun de 2023, tandis que des acteurs du football camerounais demandent des explications sur la destination de certains fonds. La Fecafoot conteste le traitement médiatique de l’affaire et dénonce une campagne dirigée contre son président.

La gestion financière de certains matchs amicaux disputés par les Lions indomptables entre 2022 et 2023 suscite de nouvelles interrogations autour de Samuel Eto’o. Réélu en novembre 2025 à la présidence de la Fecafoot, l’ancien capitaine du Cameroun fait l’objet d’accusations de détournement de fonds et de blanchiment d’argent formulées par certains acteurs du football camerounais. À ce stade, ces accusations ne constituent pas des faits judiciairement établis.

L’affaire a notamment été relancée par une enquête publiée le 10 septembre 2026 par le quotidien britannique The Times. Selon le journal, deux paiements de 455 056 euros et 112 514 euros, soit 567 570 euros, étaient liés au match amical entre la Russie et le Cameroun disputé à Moscou en octobre 2023. Les documents examinés par The Times indiqueraient que les sommes devaient être versées sur un compte ouvert au nom de Samuel Eto’o auprès de la Qatar National Bank à Doha, plutôt que sur un compte officiel de la Fecafoot.

Le versement russe au cœur des interrogations

Selon Le Monde, le contrat conclu entre les deux fédérations prévoyait effectivement un montant de 567 570 euros revenant à la partie camerounaise. Le quotidien français rapporte également avoir eu accès à des documents financiers concernant cette opération. Il indique que deux factures émises par la Fecafoot reprenaient les coordonnées du compte ouvert au nom de Samuel Eto’o à Doha.

L’enquête de The Times a suscité des demandes d’explications de la part d’anciens responsables de la Fecafoot et d’acteurs du football camerounais. Selon les éléments rapportés par les médias, la principale interrogation porte sur l’existence ou non d’une trace comptable démontrant que ces fonds ont ensuite été reversés à la fédération ou enregistrés dans ses comptes.

Des documents supplémentaires publiés par Camfoot apportent une chronologie plus détaillée de l’opération. Le site spécialisé du football camerounais affirme que l’accord signé en septembre 2023 fixait à 567 570 euros le montant destiné à la Fecafoot et que les deux factures émises les 2 et 27 octobre reprenaient les mêmes coordonnées bancaires. Camfoot rapporte également qu’un ordre de virement russe ultérieur désignait Samuel Eto’o comme bénéficiaire.

La Corée du Sud et les États-Unis également concernés

Le dossier ne se limite toutefois pas à la rencontre disputée en Russie. Dans son enquête publiée le 28 septembre, Le Monde affirme que d’autres matchs amicaux organisés en Corée du Sud en septembre 2022 et aux États-Unis en juin 2023 présentent également des mouvements financiers qui suscitent des interrogations.

Pour le déplacement en Corée du Sud, le quotidien français indique que la Fédération sud-coréenne avait conclu avec la Fecafoot un contrat d’un montant de 500 000 dollars, destiné notamment à couvrir le déplacement de la délégation camerounaise ainsi que le cachet du match. Pourtant, selon un document bancaire consulté par Le Monde, 455 449 dollars auraient été transférés à une agence de voyages basée à Cotonou.

Le journal relève parallèlement que le gouvernement camerounais avait déjà pris en charge l’achat des billets d’avion et que la Fecafoot avait transmis au ministère des Sports un projet budgétaire de plus de 357 millions de FCFA pour le déplacement de la délégation. Ces éléments alimentent les demandes d’explications formulées par certains acteurs du football camerounais.

Le match contre le Mexique, disputé à San Diego en juin 2023, fait également partie des opérations examinées. D’après Le Monde, le contrat conclu avec l’organisateur Soccer United Marketing prévoyait le versement de 600 000 dollars sur un compte de la Fecafoot. Des opposants à Samuel Eto’o affirment ne pas retrouver la trace de cette somme dans les comptes de la fédération.

Des acteurs du football saisissent la justice

Ces différentes opérations ont conduit l’Association des clubs de football amateur du Cameroun (Acfac) à engager des démarches judiciaires. Le Monde rapporte que l’association, qui revendique plus de 500 adhérents, a saisi le tribunal de grande instance de Yaoundé le 24 septembre et demande également l’ouverture d’investigations sur la gestion de la Fecafoot.

Abdouraman Hamadou Babba, cité par Le Monde parmi les responsables de cette contestation, estime que la question centrale porte sur le cumul éventuel de financements publics camerounais avec des sommes versées par les organisateurs ou fédérations étrangères pour prendre en charge certains frais.

Ces accusations sont toutefois contestées dans leur interprétation. Les documents et mouvements financiers rapportés par les médias établissent des versements et des destinations bancaires, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir judiciairement l’existence d’un détournement ou d’une opération de blanchiment.

La Fecafoot dénonce une « cabale »

Face à la polémique, la Fecafoot a réagi le 15 septembre dans un communiqué cité par Le Monde. L’instance dirigeante du football camerounais a dénoncé une « véritable cabale » menée, selon elle, contre Samuel Eto’o et visant à porter atteinte à son image. La fédération a également établi un lien entre cette campagne et le soutien public de son président au président de la FIFA, Gianni Infantino.

Le responsable de la communication de la Fecafoot, Jean-Marie Nkoussa, a indiqué au Monde le 21 septembre que l’instance ne ferait pas de nouvelle déclaration sur le sujet.

L’affaire reste donc ouverte sur le plan des contestations et des demandes d’explications. Au-delà du cas personnel de Samuel Eto’o, elle pose la question de la traçabilité des recettes et des dépenses liées aux matchs internationaux, de la séparation entre les comptes d’une fédération et ceux de ses dirigeants, ainsi que des mécanismes de contrôle financier au sein du football camerounais.

En l’état, les éléments publiés par The Times, Le Monde et d’autres médias documentent plusieurs opérations financières qui font l’objet de contestations. Leur qualification éventuelle sur le plan pénal relève désormais des investigations et, le cas échéant, des juridictions compétentes.

Laisser un commentaire