Cameroun-NHPC : les créances du Barrage de Nachtigal mettent l’État face à ses engagements

L’entrée en service du barrage de Nachtigal, pourtant saluée comme une avancée pour le secteur énergétique camerounais, se heurte aux réalités structurelles du marché national. Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), le consortium chargé de la gestion du complexe, alerte les pouvoirs publics face au faible taux de recouvrement de ses factures. 

Le dysfonctionnement des paiements met en lumière l’accumulation des passifs du secteur de la distribution, dont la dette globale estimée de la Socadel atteint près de 800 milliards de FCFA. La Société de commercialisation d’électricité (Socadel) ne parviendrait à honorer qu’environ 10 % des montants mensuels dus.

Cette situation crée une pression financière immédiate sur NHPC et ravive les inquiétudes quant à la viabilité du modèle économique retenu pour les grands projets d’infrastructures. Ce décalage entre la production effective d’électricité et le paiement des livraisons met en lumière la fragilité des mécanismes de réglementation financière de la filière. 

Le modèle de partenariat public-privé reposait sur des garanties souveraines censées prémunir les investisseurs contre les défauts de paiement des acteurs locaux. Face à l’accumulation des impayés, NHPC sollicite l’intervention urgente de Yaoundé afin d’éviter une détérioration de la trésorerie du projet, indispensable au remboursement des dettes contractées auprès des bailleurs de fonds internationaux.

L’enjeu dépasse le seul cadre du barrage de Nachtigal. Si l’État camerounais ne parvient pas à stabiliser les flux financiers entre le distributeur et le producteur indépendant, la crédibilité financière du pays auprès des investisseurs privés pourrait être affectée. 

Ce dossier contraint l’exécutif à trancher rapidement entre un soutien budgétaire direct pour éponger les dettes courantes ou une réforme plus profonde des mécanismes de solvabilité de l’écosystème électrique national. Environ 35 milliards de FCFA ont déjà été mobilisés sur les marchés financiers par le biais d’intermédiaires spécialisés, mais un reliquat de 21 milliards de FCFA reste encore à lever pour sécuriser totalement les engagements envers le concessionnaire.

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