Cameroun : sept entreprises publiques concentrent désormais le poids lourd du portefeuille de l’État

Le nouveau classement établi par le ministère des Finances à partir des performances enregistrées entre 2022 et 2024 fait émerger un groupe de sept entreprises publiques de première catégorie. Camtel, Alucam, Socadel, le Port autonome de Douala, la Sodecoton, la Sonara et la SNH franchissent le seuil de référence de 100 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, confirmant leur rôle central dans l’économie camerounaise.

Le paysage des entreprises publiques camerounaises se précise. Tous les trois ans, l’État procède à une classification de ses sociétés en fonction notamment de leur poids économique et de leurs performances financières. Pour l’exercice 2026, le ministère des Finances a retenu les résultats des années 2022, 2023 et 2024 pour établir une nouvelle hiérarchie.

Sept entreprises se retrouvent ainsi dans la première catégorie. Il s’agit de la Cameroon Telecommunications (Camtel), de l’Aluminium du Cameroun (Alucam), de la Société camerounaise de développement de l’électricité (Socadel), du Port autonome de Douala (PAD), de la Sodecoton, de la Société nationale de raffinage (Sonara) et de la Société nationale des hydrocarbures (SNH).

Camtel conserve une position dominante

Dans ce groupe, Camtel affiche l’un des volumes d’activité les plus importants. L’opérateur public des télécommunications a réalisé 177,9 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2023, soit une progression de 17,79 % sur un an. Cette performance traduit le poids croissant des télécommunications dans l’économie et la place stratégique de l’entreprise dans les infrastructures numériques nationales.

Alucam figure également dans cette catégorie, même si ses performances ont évolué à la baisse sur la période récente. L’entreprise a enregistré 94,4 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2024, contre 105,3 milliards un an auparavant, soit une diminution de 10 %. Son maintien dans la première catégorie illustre toutefois l’importance stratégique de l’industrie de l’aluminium dans le portefeuille public.

Le PAD gravit les échelons

Le Port autonome de Douala constitue l’une des principales progressions du classement. Après avoir figuré en troisième catégorie en 2020 puis en deuxième catégorie en 2023, l’entreprise portuaire accède désormais au premier niveau.

Ses comptes de 2024 font ressortir 114,19 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, pour un résultat net de 12,56 milliards et un résultat avant impôts de 22,89 milliards. Le total du bilan atteignait parallèlement 505,493 milliards de FCFA.

La dynamique s’est poursuivie en 2025 sur le chiffre d’affaires. Les comptes consolidés du groupe ont fait apparaître 119,61 milliards de FCFA, même si le résultat net consolidé a reculé à 5,66 milliards. Cette évolution montre que la progression du volume d’activité ne se traduit pas nécessairement par une hausse équivalente de la rentabilité.

Socadel, le nouveau venu

Le classement 2026 marque également l’entrée d’un nouvel acteur : la Socadel. Cette société est issue de la transformation d’Eneo en entreprise à capital public intervenue en mai 2026. L’État en est l’actionnaire unique et le capital social a été fixé à 43,9 milliards de FCFA.

Sa présence dans le premier groupe traduit le poids stratégique accordé au secteur de l’électricité, alors que le Cameroun cherche à renforcer ses capacités de production, de transport et de distribution pour accompagner l’activité économique et réduire les déficits d’approvisionnement.

Sodecoton, Sonara et SNH : trois piliers stratégiques

Dans le septentrion, la Sodecoton conserve une place particulière. L’entreprise demeure au centre de l’économie cotonnière dans le Nord, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua, où la filière fait vivre directement ou indirectement plusieurs centaines de milliers de familles. Son activité génère un chiffre d’affaires proche de la barre des 100 milliards de FCFA, confirmant son poids industriel et social.

Dans les hydrocarbures, la Sonara et la SNH occupent deux positions complémentaires. La raffinerie nationale a réalisé 384,164 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2022, malgré les conséquences persistantes de l’incendie qui avait lourdement affecté ses installations en 2019.

La SNH, pour sa part, demeure un acteur central de la chaîne pétrolière et gazière nationale, à la fois dans la valorisation des ressources, les opérations commerciales du secteur et la contribution aux finances publiques. Sa présence dans la première catégorie confirme son importance dans l’architecture économique de l’État.

Un portefeuille public largement dominé par quelques acteurs

Derrière ces sept entreprises, la classification établit une deuxième catégorie beaucoup plus restreinte, dans laquelle Sonatrel demeure seule. La troisième catégorie regroupe notamment Camair-Co, la CDC, Camwater, EDC, les Aéroports du Cameroun, le Port autonome de Kribi et la SCDP.

Au-delà du simple classement, cette répartition possède des implications en matière de gouvernance. La catégorie attribuée à chaque entreprise intervient notamment dans la détermination de certaines règles de fonctionnement ainsi que dans l’encadrement des avantages et conditions applicables aux dirigeants.

L’enjeu dépasse donc la seule mesure du chiffre d’affaires. Il s’agit aussi pour l’État de disposer d’une lecture différenciée de son portefeuille afin d’adapter le suivi, le pilotage et la gouvernance des entreprises selon leur poids économique.

Cette concentration intervient alors que le portefeuille public camerounais reste particulièrement vaste. Le Fonds monétaire international recensait 68 entreprises publiques, dont 47 entièrement détenues par l’État et 21 dans lesquelles celui-ci possède une participation minoritaire. Leur dette cumulée était évaluée à 4 549 milliards de FCFA, soit environ 13,8 % du PIB.

Le nouveau classement met ainsi en évidence une réalité : derrière un portefeuille public très étendu, une poignée d’entreprises concentre une part considérable de l’activité économique, des infrastructures stratégiques et des risques financiers supportés par l’État.

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