
Le Cameroun et les États-Unis s’apprêtent à franchir une nouvelle étape dans leur coopération économique. Prévu le 27 août 2026 à Yaoundé, le premier Dialogue économique et commercial bilatéral doit permettre aux deux pays de dépasser le cadre traditionnel de la coopération pour mettre davantage l’accent sur le commerce, l’investissement et l’amélioration du climat des affaires.
À deux jours de ce rendez-vous inédit, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, et le chargé d’affaires américain, John G. Robinson, ont fait le point sur les priorités de cette rencontre appelée à installer un nouveau mécanisme de concertation entre Yaoundé et Washington.
Le compte à rebours est lancé. Le 24 août à Yaoundé, Alamine Ousmane Mey a reçu John G. Robinson pour une séance de travail consacrée aux derniers préparatifs du Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis. Cette première édition doit ouvrir un espace de discussions spécifiquement consacré aux intérêts économiques des deux pays.
L’ambition affichée est double : faciliter les échanges commerciaux et stimuler les investissements. Washington souhaite également travailler avec Yaoundé sur les conditions qui permettraient aux entreprises américaines et camerounaises de développer davantage leurs activités.
Le chargé d’affaires américain a résumé les priorités autour de trois axes : améliorer le climat des affaires, identifier de nouvelles opportunités commerciales et favoriser les partenariats d’investissement.
Ce positionnement traduit une évolution de la relation économique entre les deux pays. Il ne s’agit plus seulement de coopération ou d’assistance, mais de créer davantage de passerelles entre les entreprises, les investisseurs et les marchés.
La SND30 au centre des discussions
Pour Yaoundé, ce dialogue constitue aussi une occasion de faire converger les intérêts américains avec les priorités de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Les secteurs évoqués présentent en effet une forte correspondance avec les ambitions du Cameroun en matière de transformation structurelle de son économie : agriculture, énergie, numérique, mines et infrastructures. Le secteur des transports figure également parmi les domaines appelés à être discutés.
L’enjeu est notamment de favoriser une production locale davantage intégrée, de renforcer les capacités de transformation et de créer les conditions permettant aux entreprises camerounaises d’accéder à de nouveaux marchés.
Pour Washington, ces priorités peuvent également constituer des points d’entrée pour les capitaux, les technologies et le savoir-faire des entreprises américaines.
Agriculture, énergie, mines : les secteurs à fort potentiel
L’agriculture devrait occuper une place importante dans les échanges. Le Cameroun cherche à accroître sa production, à développer les chaînes de valeur et à mieux transformer localement ses matières premières. Pour les investisseurs étrangers, cette orientation ouvre des perspectives dans l’agro-industrie, les équipements, la logistique et les technologies agricoles.
L’énergie constitue un autre dossier stratégique. L’amélioration de l’offre énergétique est indispensable à la compétitivité des entreprises et à l’industrialisation. Les opportunités concernent aussi bien la production que les infrastructures, les solutions technologiques et les services associés.
Le secteur minier apparaît également comme un terrain potentiel de coopération. Le Cameroun veut mieux valoriser ses ressources naturelles et développer les capacités nécessaires à leur transformation. Pour Washington, les discussions peuvent permettre d’identifier des projets susceptibles d’intéresser les investisseurs américains.
Le numérique et les technologies financières complètent ce portefeuille. Des échanges préparatoires ont notamment fait apparaître l’intelligence artificielle, la fintech et les technologies comme des domaines susceptibles de bénéficier d’une coopération renforcée.
L’AGOA, un enjeu commercial majeur
Derrière le dialogue économique se profile également la question de l’accès du Cameroun au marché américain. Yaoundé souhaite notamment avancer sur son retour dans le dispositif AGOA (African Growth and Opportunity Act), qui offre aux pays africains éligibles un accès préférentiel au marché américain pour certains produits. Le Cameroun est suspendu de ce mécanisme depuis 2020 et cherche à faire de sa réintégration un sujet important de la relation commerciale avec Washington.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse le simple accès aux préférences commerciales. Il s’agit aussi de disposer des capacités de production, de transformation, de certification et de mise aux normes permettant aux entreprises nationales de profiter réellement des débouchés américains.
Dans cette perspective, Yaoundé souhaite notamment renforcer les infrastructures nationales de contrôle et de certification des produits. Le projet de laboratoire national des normes et de la qualité fait partie des dossiers évoqués dans les discussions préparatoires. Une Bourse des matières premières figure également parmi les projets présentés par la partie camerounaise.
Des échanges commerciaux encore perfectibles
Le potentiel de développement reste considérable au regard du niveau actuel des échanges. En 2025, le commerce de biens entre les États-Unis et le Cameroun a atteint 457,1 millions de dollars, selon les données rapportées à partir des statistiques américaines. Les exportations américaines vers le Cameroun représentaient environ 169,3 millions de dollars, tandis que les importations américaines en provenance du Cameroun atteignaient 287,7 millions de dollars.
Ces chiffres montrent à la fois l’existence d’une relation commerciale déjà réelle et la marge de progression dont disposent les deux économies.
L’objectif du dialogue sera donc de rechercher les moyens d’élargir cette relation, en diversifiant les produits échangés, en augmentant les investissements et en rapprochant davantage les secteurs privés des deux pays.
Washington veut miser davantage sur l’investissement privé
La nouvelle approche américaine semble accorder une place croissante au secteur privé. Les instruments financiers et commerciaux américains peuvent jouer un rôle dans cette stratégie, notamment à travers la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), l’Export-Import Bank of the United States (EXIM) et le U.S. Commercial Service.
L’objectif est de faciliter la rencontre entre les projets camerounais et les capacités de financement, d’accompagnement et de technologie disponibles aux États-Unis.
Cette orientation pourrait être particulièrement intéressante pour les projets d’infrastructures, d’énergie, d’agriculture, d’industrie et de numérique, à condition que les projets présentés soient suffisamment structurés et bancables.
Le climat des affaires, condition de réussite
Mais l’arrivée de nouveaux investisseurs ne dépendra pas uniquement de l’existence d’opportunités. La question du climat des affaires sera au cœur des discussions.
Pour attirer davantage de capitaux américains, le Cameroun devra pouvoir offrir un environnement prévisible, des procédures suffisamment lisibles, des infrastructures adaptées et des mécanismes permettant aux investisseurs de sécuriser leurs opérations.
Le dialogue constitue donc une occasion pour Yaoundé de présenter ses priorités, mais aussi pour Washington d’exprimer les préoccupations de ses entreprises et les conditions susceptibles de favoriser leur implantation.
La présence annoncée de plusieurs administrations camerounaises dans les consultations préparatoires montre d’ailleurs que le dossier est traité de manière transversale. Le chargé d’affaires américain a échangé avec des responsables des secteurs des transports, des finances, du commerce, des télécommunications, des mines, de l’eau, de l’énergie, des affaires étrangères et de l’économie.
Vers un dialogue appelé à durer
Le rendez-vous du 27 août ne devrait pas être conçu comme une rencontre ponctuelle. Les deux parties envisagent déjà de donner une continuité à ce mécanisme, avec la possibilité d’une prochaine rencontre aux États-Unis en 2027.
Cette perspective est importante. Elle permettrait d’évaluer périodiquement les engagements pris, de suivre les projets identifiés et de résoudre les éventuels blocages qui pourraient empêcher leur concrétisation.
Le succès du premier Dialogue économique et commercial dépendra donc moins du nombre de sujets abordés que de la capacité des deux gouvernements à faire émerger des projets, des investissements et des résultats mesurables.
Pour le Cameroun, l’enjeu est considérable : attirer davantage de capitaux, diversifier ses partenaires, renforcer ses exportations et accélérer la transformation locale de ses ressources. Pour les États-Unis, il s’agit de consolider leur présence économique sur un marché camerounais qui constitue également une porte d’entrée vers l’Afrique centrale.
Le 27 août, Yaoundé et Washington ne chercheront donc pas simplement à parler d’économie. Ils tenteront surtout de définir les conditions d’une relation commerciale plus dense, plus structurée et davantage tournée vers l’investissement privé. La véritable mesure du succès sera ensuite la capacité à transformer les engagements de la table des négociations en contrats, en usine