
Après une campagne 2024-2025 marquée par un niveau record, la filière cacao camerounaise connaît un net ralentissement. Au terme de la saison 2025-2026, les volumes officiellement commercialisés s’établissent à 247 914 tonnes, contre 309 518 tonnes un an auparavant. Cette contraction de 61 604 tonnes, équivalant à une baisse de 19,9 %, ramène les performances de la filière à leur niveau le plus bas depuis cinq campagnes.
Un retournement après une saison record
Les statistiques de l’Office national du cacao et du café (ONCC) mettent en évidence un changement de tendance important. Après avoir atteint 309 518 tonnes de fèves commercialisées en 2024-2025, un record historique pour le Cameroun, la filière a enregistré une baisse significative au cours de la campagne suivante.
Avec 247 914 tonnes déclarées dans les circuits officiels, la saison 2025-2026 se situe ainsi en dessous des niveaux enregistrés depuis 2021-2022. Le pays avait alors commercialisé 295 164 tonnes, avant de passer à 262 112 tonnes en 2022-2023, puis à 266 710 tonnes en 2023-2024.
Cette évolution ne signifie toutefois pas nécessairement que l’ensemble des récoltes nationales a diminué dans les mêmes proportions. La notion de production commercialisée renvoie aux volumes ayant transité par les circuits officiellement recensés. Des écarts peuvent donc exister entre les quantités effectivement récoltées dans les plantations et celles enregistrées par les dispositifs formels de commercialisation.
Le climat et l’état des vergers au cœur des préoccupations
Les données disponibles ne permettent pas d’attribuer directement la baisse de la campagne 2025-2026 à un facteur unique. Plusieurs contraintes continuent cependant de peser sur les performances des producteurs camerounais.
Les perturbations climatiques figurent parmi les principales préoccupations. L’irrégularité des pluies, les épisodes de sécheresse plus longs et la multiplication des pressions parasitaires peuvent affecter différentes étapes du cycle du cacaoyer, de la floraison jusqu’au développement des cabosses.
À ces difficultés s’ajoutent l’épuisement progressif de certains sols et le vieillissement d’une partie des plantations. Le renouvellement des vergers constitue dès lors un enjeu majeur pour maintenir, voire accroître, les rendements sans nécessairement augmenter les superficies cultivées.
La question du matériel végétal demeure également sensible. La Société de développement du cacao (Sodecao) indique notamment enregistrer des pertes importantes dans certaines pépinières, avec une mortalité pouvant atteindre 40 à 50 % des jeunes plants. Une telle situation réduit mécaniquement les capacités de régénération des plantations et complique les efforts de modernisation de la filière.
Une commercialisation toujours dominée par le Centre
Malgré le recul des volumes nationaux, la région du Centre conserve sa position de principal bassin de commercialisation du cacao au Cameroun. Elle a représenté 44,54 % des achats officiellement enregistrés durant la campagne 2025-2026. Sur la base du volume national, cela correspond à environ 110 400 tonnes de fèves.
Le Sud-Ouest arrive en deuxième position avec 19,87 % des volumes, soit un peu plus de 49 000 tonnes. Le Littoral complète le trio de tête avec 18,50 %, correspondant à près de 45 900 tonnes.
Les autres régions contribuent dans des proportions plus modestes. Le Sud représente 6,54 % des achats, tandis que l’Est atteint 6,17 %. L’Ouest affiche une part de 4,14 %. Les contributions du Nord-Ouest et de l’Adamaoua restent, quant à elles, très limitées, avec respectivement 0,19 % et 0,06 %.
Un nouveau défi pour la filière
Le recul enregistré en 2025-2026 intervient dans un contexte où le cacao demeure l’une des principales cultures d’exportation du Cameroun. Après le sommet atteint lors de la campagne précédente, la nouvelle contre-performance rappelle la vulnérabilité de la production aux conditions climatiques, à l’état des plantations et aux difficultés de renouvellement des vergers.
Pour maintenir sa position sur le marché international, le Cameroun devra donc poursuivre les efforts visant à améliorer la productivité des exploitations existantes. Le renouvellement du matériel végétal, l’amélioration de la fertilité des sols, la maîtrise des maladies et ravageurs ainsi que l’adaptation des pratiques agricoles aux évolutions climatiques apparaissent comme autant de leviers pour redresser durablement les rendements.
La campagne 2025-2026 constitue ainsi moins une remise en cause du potentiel cacaoyer camerounais qu’un rappel des défis auxquels reste confrontée la filière. L’enjeu sera désormais de transformer les enseignements de cette baisse en actions capables de consolider la production, d’améliorer les revenus des producteurs et de réduire la volatilité des performances d’une campagne à l’autre.