
Le Cameroun entend faire de la libre circulation des personnes, des biens et des services un véritable moteur de l’intégration économique en Afrique centrale. Yaoundé a réaffirmé cette ambition lors d’une rencontre le 5 août entre le ministre délégué auprès du MINEPAT, Paul Tasong, et Rosalie Matondo, présidente du Conseil des ministres de la CEEAC. Au cœur des échanges : la nécessité de réduire les obstacles qui continuent de freiner la mobilité et le commerce au sein de la sous-région.
L’intégration économique de l’Afrique centrale reste confrontée à un défi majeur : transformer les engagements communautaires en une réalité concrète pour les populations et les opérateurs économiques. Au Cameroun, les autorités souhaitent accélérer ce processus en plaçant la libre circulation au centre de leur stratégie de coopération régionale.
C’est dans cette perspective que le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT), Paul Tasong, a reçu mercredi 5 août en audience Rosalie Matondo, présidente du Conseil des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). La rencontre s’inscrivait dans le cadre d’une démarche visant à encourager la mise en œuvre effective des mécanismes communautaires destinés à faciliter la circulation dans l’espace régional.
Les discussions ont permis de faire le point sur les progrès réalisés en matière de mobilité régionale, mais aussi sur les difficultés qui persistent sur le terrain. Malgré les différentes initiatives engagées par les États, les déplacements entre pays d’Afrique centrale restent encore soumis à de nombreuses contraintes administratives et pratiques. Ces obstacles affectent directement les voyageurs, mais également les commerçants et les entreprises dont les activités dépendent des échanges transfrontaliers.
Pour Yaoundé, la libre circulation ne doit donc pas être considérée comme une simple question de mobilité. Elle constitue un instrument économique capable de dynamiser le commerce intracommunautaire et de rapprocher davantage les marchés de la sous-région. La suppression progressive des entraves à la circulation pourrait permettre aux producteurs et aux entreprises camerounaises d’accéder plus facilement aux marchés voisins, tout en offrant aux autres économies de la CEEAC de meilleures possibilités d’échanges avec le Cameroun.
L’enjeu est également important pour les investissements. Une région où les personnes, les marchandises et les services circulent plus facilement devient plus attractive pour les investisseurs. La fluidification des échanges peut réduire certains coûts logistiques, raccourcir les délais d’acheminement et favoriser la constitution de chaînes de valeur régionales.
Cette dynamique pourrait notamment profiter aux secteurs de l’agriculture, de l’agro-industrie, du commerce, des transports et des services. En facilitant la circulation des produits et des travailleurs, les États membres peuvent renforcer la complémentarité de leurs économies plutôt que de fonctionner comme des marchés isolés.
Mais la réussite d’une telle ambition dépendra aussi de la capacité des pays membres à harmoniser leurs pratiques et à renforcer la coordination entre leurs administrations. La simplification des procédures aux frontières, l’amélioration des infrastructures routières et logistiques ainsi que la lutte contre les tracasseries administratives figurent parmi les conditions nécessaires à une véritable intégration.
Pour le Cameroun, la question revêt une importance particulière en raison de sa position géographique et du poids de son économie dans la sous-région. Le pays constitue une importante porte d’accès à plusieurs marchés d’Afrique centrale et joue un rôle majeur dans les échanges régionaux. Une circulation plus fluide pourrait ainsi renforcer cette position tout en créant davantage d’opportunités pour les acteurs économiques.
Au-delà des considérations commerciales, la libre circulation peut également contribuer à rapprocher les populations de la CEEAC. Elle favoriserait davantage les échanges culturels, universitaires et professionnels et permettrait aux citoyens de mieux profiter des opportunités offertes par l’espace communautaire.
La démarche engagée par Yaoundé avec les instances de la CEEAC traduit ainsi une volonté de passer d’une intégration essentiellement institutionnelle à une intégration davantage visible dans la vie quotidienne des populations. Pour le Cameroun, la suppression des barrières à la mobilité apparaît désormais comme l’un des leviers essentiels pour construire un marché régional plus dynamique, compétitif et capable de soutenir durablement la croissance de l’Afrique centrale.