Dangote Cement au Cameroun : le défi d’une deuxième cimenterie dans un marché en perte de vitesse

Malgré un recul de ses ventes au Cameroun au premier semestre 2026, Dangote Cement maintient son ambition de doubler sa capacité de production dans le pays d’ici 2028. Le projet de construction d’une nouvelle cimenterie à Douala s’inscrit dans la stratégie d’expansion africaine du groupe nigérian, mais soulève plusieurs interrogations, tant sur la dynamique du marché que sur la nature des futurs investissements.

Dangote Cement ne renonce pas à ses ambitions au Cameroun. Alors que sa filiale locale a enregistré un ralentissement de ses ventes au cours des six premiers mois de 2026, le groupe nigérian confirme son intention de porter sa capacité de production de 1,5 à 3 millions de tonnes par an grâce à la construction d’une nouvelle cimenterie dans la capitale économique.

Selon les résultats semestriels publiés par le groupe, 596 800 tonnes de ciment ont été commercialisées entre janvier et juin 2026, soit une baisse de 13,1 % par rapport à la même période de l’année précédente. Après un premier trimestre marqué par des ventes de 300 000 tonnes, le deuxième trimestre n’a pas permis d’inverser la tendance, avec un volume légèrement inférieur de 296 800 tonnes.

Ces performances traduisent un marché encore peu dynamique, dans un contexte où les investissements publics progressent lentement et où plusieurs projets de construction connaissent des retards. Dangote attribue cette contre-performance au ralentissement de l’activité économique observé après les échéances électorales, tout en misant sur une reprise progressive avec la relance des grands chantiers d’infrastructures.

Une capacité appelée à doubler

Malgré cette conjoncture, le groupe poursuit son projet d’expansion. À l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en juillet dernier, le vice-président de Dangote Industries, Devakumar Edwin, a confirmé la volonté de construire une nouvelle cimenterie à Douala afin de doubler les capacités installées dans le pays.

L’objectif affiché est d’atteindre 3 millions de tonnes de capacité annuelle à l’horizon 2028. Toutefois, au rythme actuel des ventes, cet objectif suppose une progression commerciale significative. Si les volumes observés au premier semestre étaient maintenus jusqu’à la fin de l’année, les ventes atteindraient environ 1,2 million de tonnes, soit un niveau proche de celui enregistré en 2025 et largement inférieur à la capacité projetée.

Pour le groupe, cette nouvelle infrastructure s’inscrit dans une vision de long terme, fondée sur la croissance attendue de la demande en matériaux de construction au Cameroun et dans la sous-région.

Une dépendance persistante au clinker importé

L’un des principaux enjeux du projet réside dans sa configuration industrielle. L’usine actuelle de Dangote à Douala n’est pas une cimenterie intégrée : elle fonctionne comme une unité de broyage qui transforme du clinker importé en ciment grâce à l’ajout de gypse et de pouzzolane.

Le clinker est principalement acheminé depuis les installations du groupe au Nigeria, qui alimentent également d’autres unités de production en Afrique de l’Ouest. Cette organisation permet à Dangote d’optimiser l’utilisation de ses capacités industrielles nigérianes tout en limitant les investissements lourds dans les pays où il est implanté.

En 2025, le Cameroun a importé plus de 3,1 millions de tonnes de clinker, pour une valeur dépassant 97 milliards de FCFA, illustrant la forte dépendance du secteur cimentier national vis-à-vis de cette matière première essentielle.

Dès lors, plusieurs observateurs s’interrogent sur la nature exacte du futur investissement. S’agira-t-il d’une simple unité de broyage supplémentaire ou d’une cimenterie intégrée équipée d’un four de production de clinker ? La seconde option permettrait de réduire les importations, de renforcer la valeur ajoutée locale et de développer davantage la filière industrielle nationale.

Un projet encore en phase préparatoire

À ce stade, plusieurs inconnues demeurent. Dangote n’a pas encore dévoilé l’emplacement définitif de la future usine, son coût, son calendrier de réalisation ni ses caractéristiques techniques.

Par ailleurs, le groupe avait évoqué quelques semaines auparavant la possibilité d’étendre ses installations existantes ou de relancer un projet de cimenterie dans la région de Yaoundé, laissant planer une incertitude sur l’organisation finale de ses investissements au Cameroun.

Le partenariat conclu avec le groupe chinois Sinoma International Engineering, qui prévoit plus d’un milliard de dollars d’investissements dans plusieurs pays africains, confirme que le Cameroun figure parmi les marchés prioritaires de Dangote. En revanche, aucun détail n’a été communiqué sur la part de cette enveloppe qui sera consacrée au projet camerounais.

Le défi de concilier expansion et réalité du marché

Pour Dangote Cement, les prochaines années seront déterminantes. L’entreprise devra non seulement réussir son projet industriel, mais également stimuler ses ventes dans un marché devenu plus concurrentiel et fortement dépendant de la commande publique.

La réussite du projet passera également par une clarification de la stratégie industrielle retenue. Une cimenterie intégrée permettrait au Cameroun de réduire sa dépendance aux importations de clinker et de renforcer sa souveraineté industrielle. À l’inverse, une nouvelle unité de broyage augmenterait les capacités de production de ciment sans modifier fondamentalement la structure de la chaîne de valeur.

En attendant des annonces plus précises, le doublement des capacités de Dangote au Cameroun demeure un objectif stratégique. Sa concrétisation dépendra autant de la reprise du secteur de la construction que des choix industriels que le groupe opérera dans les mois à venir.

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