Santé publique : le Cameroun lance le Pandemic Fund pour mieux prévenir les futures pandémies

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans le renforcement de sa sécurité sanitaire avec le lancement officiel du Pandemic Fund. Doté d’un financement global d’environ 160 millions de dollars, ce programme ambitionne de moderniser le système national de surveillance des maladies, de renforcer les capacités de réponse aux urgences sanitaires et de mieux préparer le pays aux futures épidémies grâce à une approche multisectorielle.

Le gouvernement camerounais a officiellement lancé, le 29 juillet à Yaoundé, le projet Pandemic Fund, un mécanisme international créé pour aider les États à mieux prévenir, détecter et contenir les épidémies avant qu’elles ne se transforment en crises sanitaires majeures.

Présidée par le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, la cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement ainsi que des partenaires techniques et financiers. Cette initiative traduit la volonté des autorités de doter le pays d’un dispositif plus performant face aux menaces sanitaires émergentes, dans un contexte où les risques d’apparition de nouvelles maladies demeurent élevés.

Un investissement de près de 160 millions de dollars

Le Cameroun bénéficie d’une subvention de 23,5 millions de dollars accordée par le Pandemic Fund. À cette contribution s’ajoutent plus de 112 millions de dollars de cofinancements mobilisés auprès des partenaires au développement ainsi que 24 millions de dollars de co-investissements nationaux, portant l’enveloppe globale à près de 160 millions de dollars. Ce financement permettra d’accélérer la modernisation des infrastructures sanitaires et d’améliorer les capacités nationales de prévention, de préparation et de riposte face aux urgences de santé publique.

Le projet repose sur le concept « Une seule santé » (One Health), qui considère que la santé humaine, la santé animale et la préservation des écosystèmes sont étroitement liées. Cette approche vise à renforcer la coopération entre les différents secteurs afin de détecter plus rapidement les menaces sanitaires et d’organiser une réponse coordonnée. Pour le ministre de la Santé publique, les épidémies ne peuvent être combattues efficacement sans une collaboration étroite entre les services de santé, les autorités vétérinaires et les acteurs chargés de la protection de l’environnement.

Des capacités renforcées sur l’ensemble du territoire

Les actions prévues couvriront les dix régions du Cameroun, avec une attention particulière accordée à quarante-deux districts de santé considérés comme prioritaires. Le programme prévoit notamment la digitalisation de la surveillance communautaire, la création de sept centres régionaux d’appel, le renforcement de la surveillance aux frontières et aux principaux points d’entrée du territoire, ainsi que l’amélioration des systèmes d’information sanitaire. Dix centres régionaux des opérations d’urgence de santé publique seront également rendus pleinement opérationnels afin de rapprocher les capacités de décision et d’intervention des populations.

Par ailleurs, cinquante laboratoires bénéficieront d’importants investissements destinés à améliorer leurs équipements, la qualité des analyses, le transport sécurisé des échantillons et les capacités de surveillance génomique. Le projet prévoit également le développement de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens, devenue un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale.

Au-delà des infrastructures, le Pandemic Fund met un accent particulier sur le développement des compétences. Des programmes de formation seront déployés au profit des professionnels de santé, des vétérinaires, des spécialistes de l’environnement, des agents communautaires et des collectivités territoriales. L’objectif est de renforcer les capacités nationales en épidémiologie de terrain, en gestion des urgences sanitaires et en coordination des interventions, afin de disposer d’équipes mieux préparées face aux crises futures.

Tirer les leçons des crises récentes

Les autorités camerounaises rappellent que les différentes épidémies auxquelles le pays a été confronté ces dernières années — notamment la Covid-19, le choléra, la mpox, la rougeole et les méningites — ont permis d’acquérir une expérience précieuse dans la gestion des urgences sanitaires. Le Pandemic Fund entend capitaliser sur ces acquis afin de rendre le système de santé plus réactif et plus résilient. Le projet s’inscrit également dans la stratégie internationale « 7-1-7 », qui consiste à détecter une menace sanitaire en moins de sept jours, à la confirmer et la notifier dans les vingt-quatre heures, puis à déclencher une réponse coordonnée dans les sept jours suivants.

Mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), ce programme illustre la volonté du Cameroun d’anticiper les crises sanitaires plutôt que d’y réagir dans l’urgence. Pour les autorités, investir aujourd’hui dans la prévention, la surveillance et les ressources humaines constitue un levier essentiel pour protéger durablement les populations et préserver le développement du pays.

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