
En lançant les travaux de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a appelé à une gestion plus performante des ressources publiques dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires persistantes. Face à la baisse des recettes, au poids de la dette et aux besoins croissants de financement, le gouvernement entend privilégier des investissements publics capables de stimuler durablement la croissance et d’améliorer les conditions de vie des populations.
Le Cameroun abordera l’élaboration de son budget 2027 dans une conjoncture économique particulièrement exigeante. Les premiers résultats de l’exécution budgétaire de 2026 mettent en évidence une mobilisation des recettes en deçà des prévisions, conséquence d’une collecte insuffisante des ressources fiscales, d’une baisse des recettes non pétrolières ainsi que d’une faible mobilisation des financements extérieurs et des emprunts.
Dans le même temps, les dépenses publiques demeurent fortement sollicitées par le remboursement de la dette, les engagements intérieurs de l’État, les arriérés dus aux entreprises et le maintien des subventions sur les produits pétroliers destinées à préserver le pouvoir d’achat des ménages. Cette situation exerce une pression constante sur les finances publiques et limite les marges de manœuvre du gouvernement.
Faire des investissements publics un véritable levier de croissance
Face à ces contraintes, le ministre des Finances plaide pour une nouvelle approche de l’investissement public. Selon Louis Paul Motaze, les projets inscrits au budget 2027 devront avant tout garantir la pleine fonctionnalité des infrastructures réalisées afin qu’elles produisent des retombées économiques concrètes et profitent directement aux populations.
Le constat dressé par les autorités est que plusieurs investissements réalisés ces dernières années n’ont pas généré les effets attendus, en raison de retards d’exécution, d’une maintenance insuffisante ou d’une faible qualité des ouvrages. L’accent sera donc mis sur une meilleure sélection des projets, leur maturation, leur suivi et leur entretien, afin d’améliorer leur rentabilité économique et sociale.
Le gouvernement entend également renforcer la mobilisation des recettes internes en élargissant l’assiette fiscale, en améliorant les performances des administrations fiscales et douanières et en recherchant de nouvelles sources de financement. Cette stratégie devra permettre de réduire progressivement la dépendance aux recettes pétrolières, dont les perspectives demeurent orientées à la baisse avec le recul de la production.
Des secteurs stratégiques au cœur des priorités
Parallèlement, une rationalisation des dépenses publiques est annoncée afin de préserver la soutenabilité de la dette et de maintenir l’équilibre des finances de l’État. Les autorités souhaitent notamment améliorer le ciblage des dépenses, renforcer leur efficacité et optimiser l’utilisation des ressources disponibles.
Les orientations retenues pour le budget 2027 s’inscrivent dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND30). Les investissements continueront de privilégier les secteurs capables d’accélérer la transformation structurelle de l’économie.
L’exécutif prévoit notamment de poursuivre le développement du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique afin de réduire les importations alimentaires et de renforcer la production nationale. Les projets industriels, les infrastructures portuaires, routières et énergétiques demeureront également prioritaires, tout comme les programmes destinés à améliorer l’accès à l’électricité et à l’eau potable, avec la poursuite de projets structurants tels que le barrage de Nachtigal, la centrale hydroélectrique de Kikot et la modernisation des réseaux de transport de l’énergie.
Le gouvernement entend aussi poursuivre les efforts de reconstruction dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, renforcer la couverture sanitaire universelle et soutenir les grands projets de partenariat public-privé.
Restaurer la confiance avec les entreprises
L’une des préoccupations majeures des autorités concerne le règlement des arriérés dus aux entreprises. Pour le ministère des Finances, l’apurement progressif de cette dette est indispensable afin d’améliorer la trésorerie des opérateurs économiques, de faciliter l’exécution des marchés publics et de renforcer la contribution du secteur privé à la croissance ainsi qu’aux recettes fiscales.
Le gouvernement considère en effet que des entreprises financièrement plus solides seront davantage en mesure d’investir, de créer des emplois et de participer au financement de l’économie nationale. Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et le durcissement des conditions financières, l’économie camerounaise continue de faire preuve d’une certaine résilience. Après une croissance estimée à 3,4 % en 2025, les prévisions tablent sur une progression de 3,5 % en 2026.
Pour les autorités, cette dynamique devra être consolidée grâce à une meilleure qualité de la dépense publique, une accélération des réformes économiques et une gestion plus rigoureuse des investissements. L’ambition affichée est de faire du budget 2027 un instrument de transformation économique, capable de soutenir une croissance plus forte, plus inclusive et créatrice d’emplois, tout en garantissant la stabilité des finances publiques.