Cameroun : pourquoi Hadja Haoua est recherchée par la gendarmerie nationale

Hadja Haoua Aboubakar est visée par les autorités sécuritaires au Cameroun. Le 23 juillet 2025, le Secrétariat d’Etat à la gendarmerie a émis un avis lançant une recherche active contre la nommée Hadja Haoua Aboubakar. Le même message ordonne aussi une interdiction de sortie du territoire contre l’intéressée.

Le motif de ces mesures urgentes émises à l’encontre de cette dame est aussi connu. Elle est accusée entre autres de « multiples appels à l’insurrection ». L’insurrection étant une infraction prévue et punie par l’article 116 du code pénal camerounais. Dans ses dispositions, cet article punit d’un emprisonnement de 10 à 20 ans, celui qui se trouve impliqué dans un mouvement insurrectionnel avéré.

Hadja Haoua qui est poursuivie s’illustre ces derniers temps par une série de sorties audio faisant des déclarations controversées à l’encontre des institutions de certains pontes du régime. Tout a commencé avec la démission de Issa Tchiroma Bakary du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle et de sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle. Suite à ces annonces, Hadja Haoua a publié un enregistrement audio long d’une heure 20 minutes dans lequel elle traite le ministre démissionnaire de traître vis-à-vis du président Paul Biya. Dans le même son, elle dévoile les secrets de l’entrée au gouvernement de certains ministres.

A en croire Journal du Cameroun, dans un autre enregistrement récent, elle s’en prend au ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Elle dénonce à sa manière les abus du pouvoir ; prétend que le Sgpr veut obliger le président Paul Biya à rester au pouvoir contre sa volonté. Elle appelle les Etats-Unis au secours contre le plus proche collaborateur du chef de l’Etat.

Suite à la lecture de l’avis de recherche et l’interdiction de sortie du territoire émis contre elle, des réactions se multiplient. « Je condamne avec la dernière énergie cette nouvelle manifestation de répression indigne d’un État qui se prétend démocratique. Dans une République, lorsqu’on se sent diffamé, calomnié ou abusé, on saisit la justice. On ne mobilise pas des dispositifs d’exception pour traquer une citoyenne dont le seul « crime » est d’avoir exprimé publiquement des faits. Je veux ici rappeler un précédent. Le 7 mars 2024, j’ai saisi le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi contre M. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, pour abus de fonction. J’estimais alors – et je l’estime toujours – que cet homme s’arrogeait des pouvoirs qui ne lui sont conférés par aucun texte de la République. Par des « hautes instructions » illégitimes, il gouverne à la place du chef de l’État, en violation flagrante du décret du 9 décembre 2011 portant organisation de la présidence de la République», a dénoncé le député de l’opposition Jean Michel Nintcheu.

Dans le même sens, Calixthe Beyala, écrivaine et critique du régime de Yaoundé a fait une sortie à ce sujet. Elle dit exprimer la consternation dans la mesure où « on ne saurait arrêter quelqu’un parce qu’il dénonce les scories d’un pays et les hommes qui le dirigent ! Si certains se sentent diffamés, les tribunaux sont là pour trancher ! », dénonce-t-elle.

Ces derniers mois, depuis le début de l’année 2025, année électorale, plusieurs autres personnalités ont été ciblées par des dénonciations, poursuites ou enquêtes pour « appel à l’insurrection ». Récemment, le ministre de l’Administration territoriale a ordonné une enquête contre Aboubakar Ousmane Mey après son passage sur Equinoxe TV. Bien avant lui, Me Alice Nkom a été poursuivie pour plusieurs chefs d’accusation dont la « tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat ».

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