
Une délégation du Fonds monétaire international (FMI) en séjour au Cameroun s’est entretenue ce 2 février avec Alamine Ousmane Mey, le ministre camerounais en charge de l’Economie. Cette rencontre rentre dans le cadre des réunions de consultation qui s’étendent du 29 janvier au 12 février 2026.
Ces consultations sont un examen annuel de santé économique réalisé par le FMI qui évalue les politiques budgétaires, monétaires et structurelles poir assurer la stabilité, la viabilité de la dette et promouvoir la croissance. Du camp du FMI, le ton est à la fermeté. Entre impératifs de remboursement et discipline budgétaire, le gouvernement camerounais se retrouve au pied du mur. Avec un mot d’ordre qui fait déjà trembler les ménages : la fin des subventions pétrolières.
Les discussions se concentrent également sur l’alignement des politiques publiques avec la SND30, avec une priorité claire : transformer l’économie par des investissements massifs dans l’énergie et les infrastructures. Après avoir consulté le secteur privé à Douala, les experts du FMI poursuivent leurs travaux techniques à Yaoundé jusqu’au 12 février pour affiner les perspectives de développement à moyen terme.
“ Nous avons eu un échange très utile et productif avec le ministre de l’Economie pour initier les discussions entre le FMI et les autorités camerounaises. C’est une consultation générale sur les perspectives macroéconomiques conduite dans tous les pays membres du FMI une fois par an. Nous avons convenu avec le ministre de l’Economie qu’il était essentiel d’orienter les consultations sur les perspectives de la croissance(…) Il est nécessaire pour le futur, de trouver une bonne balance entre continuer de maintenir la stabilité fiscale, mais aussi orienter les investissements dans les infrastructures efficaces et favoriser la croissance à moyen terme”, a expliqué Christine Dieterich, la cheffe de la délégation du FMI. En effet, l’enjeu se situe dans la validation de la trajectoire d’un budget 2026 record de 8 816 milliards de FCFA tout en garantissant la solvabilité du pays.

Le spectre de la dette : 573 milliards à rembourser
L’ambiance n’est pas aux réjouissances. L’année 2026 marque un tournant critique : le Cameroun doit commencer à rembourser 573 milliards de FCFA au titre de sa dette envers l’institution de Bretton Woods. Pour le FMI, la consigne est simple : pas de croissance inclusive sans une « rigueur fiscale » de fer. Le MINEPAT a été sommé d’accélérer les réformes de la SND30 pour transformer une croissance projetée à 4,3 % en un véritable moteur social.
Carburant : vers la fin de l’« anesthésie » budgétaire
Mais c’est le volet social qui risque de faire des étincelles, à en croire NTA. Selon des sources proches des négociations, le FMI maintient sa pression pour une suppression totale des subventions sur les produits pétroliers en 2026.
Si la mesure se confirme, une nouvelle hausse des prix à la pompe est inévitable. Le défi pour le gouvernement sera de faire passer cette pilule amère sans provoquer de remous sociaux, alors que l’inflation pèse déjà lourdement sur le panier de la ménagère.
La discipline comme seule issue
La stabilité macroéconomique du Cameroun est à ce prix. Pour continuer de bénéficier des facilités de crédit, Yaoundé doit prouver sa capacité à : Réduire le train de vie de l’État (discipline budgétaire); élargir l’assiette fiscale sans étouffer le secteur privé.
Cette visite du FMI intervient à une semaine du message de Paul Biya à la jeunesse. Le chef de l’État parviendra-t-il à concilier les exigences de rigueur du FMI avec les promesses d’insertion et de soutien à la consommation faites aux jeunes ? La marge de manœuvre de Yaoundé n’a jamais été aussi étroite.